Hélène Desmarais, C.M., LL. D
NOTES BIOGRAPHIQUES
Hélène Desmarais est l’une des personnalités les plus influentes dans le milieu québécois des affaires. Depuis les années 1990, son nom est intimement lié aux mondes de l'entrepreneuriat et de l'innovation, dont elle fait ardemment la promotion et où elle est devenue une figure dominante. Elle s’est particulièrement illustrée par son engagement auprès des jeunes entrepreneurs. Elle a de plus, depuis deux décennies, fondé, réorganisé ou appuyé plusieurs institutions importantes, dans des secteurs aussi diversifiés que le développement économique, l’éducation, la santé, la culture et les politiques publiques. Ses réalisations offrent un modèle à suivre tant pour le développement de talents québécois et canadiens que pour l’attraction de talents étrangers. Elle a également créé de nombreux précédents en tant que première femme à accéder à des postes de direction dans des secteurs encore de nos jours presque exclusivement dominés par des hommes.
Dès sa formation universitaire, elle démontre une curiosité intellectuelle et un intérêt pour des questions variées qui l’occuperont plus tard dans sa carrière. Après un diplôme d’études collégiales en sciences de la santé du Collège Jean de Brébeuf, elle obtient un baccalauréat en finance de l’École des hautes études commerciales (HEC Montréal) avec une mineure en économie. Elle suit des cours pendant un an à l’École des sciences politiques de Paris et passe également une année à Londres pour étudier l’histoire de l’art chez Christies et une autre dans la métropole américaine pour étudier l’histoire de l’architecture à la New York School of Design.
Ses séjours dans les grandes métropoles d’Europe et d’Amérique du Nord lui permettent d’observer de près le dynamisme et le bouillonnement créatif qui sous-tendent l’attrait culturel et la prospérité de ces villes. Elle qui a toujours été préoccupée par le sort de Montréal, du Québec et du Canada en revient encore plus motivée à contribuer à leur avancement.
Durant les années 1980, elle réalise sa première expérience d’entrepreneur en créant HD Asset Management, société d’actifs et de conseil gestion pour petites entreprises en redressement ou pour entreprises en démarrage. Vers la fin des années 1980, elle agit comme conseillère auprès du directeur général du Centre d’Entreprise jeunesse de Montréal, un organisme sans but lucratif de conseil gestion pour les micro entreprises en démarrage qui, de concert avec Emploi et Immigration Canada, aide en particulier les nouveaux immigrants. Elle est nommée administratrice en 1988, puis exerce la fonction de présidente du conseil et du comité de direction de 1990 à 1996.
Forte de ces expériences, elle poursuit son engagement dans le développement socio-économique, mais en prenant un tournant stratégique. Au milieu des années 1990, le monde des nouvelles technologies connaît une ébullition sans précédent, avec notamment les débuts d’Internet comme phénomène de masse et l’émergence des biotechnologies. Hélène Desmarais y voit une opportunité de développer ici les industries qui façonneront les prochaines décennies. Pour elle, l’avenir de Montréal comme métropole culturelle et économique passe nécessairement par le savoir et l’innovation. Pour prospérer, le Québec et le Canada doivent absolument s’engager dans la nouvelle économie.
C'est alors qu'Hélène Desmarais met sur pied, en 1996, la Fondation du CEIM et le Centre d'entreprises et d'innovation de Montréal (CEIM), sa principale contribution à la multiplication d'entrepreneurs de la nouvelle économie et à la diffusion d'une culture d'entrepreneuriat, de commercialisation et de risque. Le CEIM est un incubateur d'entreprises sans but lucratif qui se consacre au démarrage et au développement d'entreprises dans les domaines des technologies de l'information, du multimédia, des technologies industrielles et des sciences de la vie. Il a joué un rôle central dans le développement d'une expertise québécoise mondialement reconnue dans ces domaines. Il offre à un grand nombre de jeunes entrepreneurs québécois des outils de gestion, des moyens financiers ou des locaux pour leur permettre de développer leurs compétences en affaires et de commercialiser leurs nouvelles technologies sur les marchés canadien et international. Le CEIM offre régulièrement des séances de cours de gestion et de commercialisation dans ses locaux pour des entrepreneurs qui ne sont pas nécessairement ses clients. Pour faire la promotion de la culture entrepreneuriale, l’équipe du CEIM participe régulièrement à différentes conférences entre autres dans les universités et enseigne au MBA dans certaines.
Mme Desmarais a fait œuvre de pionnière en créant et bâtissant le CEIM puisqu'il a été le premier incubateur technologique dans son genre au Canada et reste toujours le plus important. Au cours des dix dernières années, de nombreuses délégations de divers pays sont venues le visiter et s'inspirer de cette formule pour créer des incubateurs technologiques semblables. Depuis sa fondation, il a permis le lancement de plus de 267 nouvelles entreprises, dont 75 % sont toujours en activité. Hélène Desmarais y a bâti une équipe d'experts en gestion, en finances, en commercialisation et en sciences qui se démarque par sa stabilité, son énorme capacité d'apprentissage et ses grandes connaissances accumulées dans des domaines en constante évolution et hautement concurrentiels. Cette équipe, sous sa direction, a tissé des relations de confiance avec les principaux investisseurs, prêteurs et sociétés de capital de risques au Canada. L'équipe a également développé une collaboration spéciale avec la MIT Sloan School of Management, notamment pour les ateliers du CEIM en marketing entrepreneurial qui sont animés par un des membres du MIT Global Entrepreneurship Team et pour offrir des services conseils en commercialisation internationale aux clients du CEIM.
Madame Desmarais a dédié une partie du bâtiment acheté par le CEIM et où il loge à un programme donné par CyberCap qui permet à des jeunes de 18 à 25 ans n'ayant pas terminé leurs études secondaires et sans emploi de découvrir et d'expérimenter les métiers des médias numériques. À chaque semestre, 30 jeunes s'initient au métier de la nouvelle économie et découvrent la réalité du marché du travail. Au CEIM, ces jeunes côtoient des entrepreneurs travaillant sur leur projet de démarrage d'entreprises, qui peuvent devenir des modèles pour eux. Jusqu'à ce jour, le taux d'intégration des participants dépasse 70%.
L’engagement d’Hélène Desmarais auprès des jeunes entrepreneurs de moins de 35 ans à l’échelle du Québec s’est aussi manifesté lorsqu’elle a créé et bâti la Société de développement économique Ville-Marie, qui gère la Société d’investissement jeunesse, un organisme qu’elle a nouvellement privatisé. Elle préside les conseils d’administration de ces deux sociétés sans but lucratif ainsi que leurs comités de prêts, qui offrent des garanties de prêts bancaires à 100 % à des jeunes entrepreneurs pour le démarrage d’une entreprise ou l’acquisition d’une entreprise existante. Depuis 1998, 132 entreprises ou entrepreneurs ont bénéficié de ces garanties de prêts avec un taux de survie de 80 %, tout en préservant le capital d’origine des deux fonds. En plus des entreprises privées, la SDÉVM a supervisé, développé, consolidé et financé (microfinancement) 91 entreprises d’économie sociale. Quatre-vingt-huit pour cent des entreprises d’économie sociale appuyées sont toujours en activité.
Parmi les nombreuses autres fonctions qu’Hélène Desmarais a occupées au fil des ans dans le domaine de l’entrepreneuriat et du développement technologique, notons qu’elle a présidé dès sa création le conseil d’administration de Gestion Bio-Capital, la première société de fonds de capital de risque spécialisée en démarrage dans le secteur des biotechnologies au Québec; présidé le comité de l’entrepreneuriat lors du Sommet de la jeunesse organisé par le gouvernement du Québec en 2000; et été membre du Comité d’investissement du Fonds Hydro-Québec CapiTech – Innovation.
Sa contribution à l’avancement du monde universitaire montréalais et au développement des talents des jeunes est tout aussi marquante. Hélène Desmarais a consacré d’importants efforts à la promotion d’une école de gestion francophone située en Amérique du Nord, à une époque où il était coutume de dire que l’excellence en matière de gestion ne pouvait venir que d’écoles anglo-saxonnes et surtout américaines.
En effet, dès 1988, elle participe aux efforts pour accroître la visibilité internationale de HEC Montréal, en proposant un plan stratégique visant à en faire une grande business school francophone avec un programme trilingue. Dès les années 1990, HEC Montréal devient ainsi le premier établissement d’enseignement postsecondaire en Amérique du Nord à permettre aux étudiants d’acquérir une formation en gestion des affaires dans trois langues. Elle met également sur pied un conseil consultatif international où des chefs de direction européens et américains de sociétés multinationales sont invités à siéger. Ce conseil, dont elle assume la co-présidence, a pour mission de présenter des recommandations concrètes au directeur général visant à rehausser la réputation de l’école à l’étranger.
Ces changements contribuent à ce que HEC Montréal soit enfin reconnue comme l’une des meilleures écoles de gestion au monde par des publications telles que Forbes et The Economist. Business Week l’a même classée parmi les dix meilleures écoles internationales offrant un MBA en 2004 et 2006. HEC Montréal a d’ailleurs été la première école de gestion en Amérique du Nord et compte toujours parmi les rares établissements dans le monde à détenir les trois agréments internationaux les plus prestigieux dans l’enseignement de la gestion, soit AACSB International (États-Unis), AMBA (Royaume-Uni) et EQUIS (Europe).
En 2003, Hélène Desmarais devient la première femme en 97 ans d’existence à accéder à la présidence du conseil d’administration de HEC Montréal, ce qui fait également d’elle la première femme au monde à présider le conseil d’administration d’une business school de calibre international offrant un MBA. Deux ans plus tard, elle participe activement à la mise en place de l’Institut de gouvernance d’organisations privées et publiques de HEC-Concordia, où elle siège à titre d’administratrice pour représenter HEC Montréal. Ses interventions au Canada dans le domaine de la santé, de l’enseignement médical et de la recherche biomédicale sont nombreuses. En 1997, Mme Desmarais préside une commission mandatée par la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec pour étudier l'industrie de la santé. Cette commission, formée d'une trentaine de spécialistes et de décideurs d'organismes privés et publics, proposera un plan d'action pour faire de l'industrie de la santé un pôle industriel international dans la grande région métropolitaine de Montréal.
Au cours de l’année suivante, Hélène Desmarais présentera plusieurs conférences sur les résultats des travaux. Elle ne se contente toutefois pas d’attendre que les gouvernements mettent en œuvre ces recommandations mais entreprend elle-même de faire bouger les choses sur le terrain année après année afin de mobiliser le plus de monde possible en se fixant des objectifs à long terme. Le virage se fait progressivement et une nouvelle culture s’établit peu à peu dans la gestion de la santé au Québec.
En 1998, elle devient administratrice du Conseil de recherches médicales du Canada. Elle participe à l’élaboration d’un plan de restructuration qui mène à sa transformation en Institut de recherches en santé du Canada et à l’établissement de Génome Canada. Elle joue un rôle central dans l’établissement d’un nouveau financement fédéral annuel des instituts qui est passé de 280 millions à 600 millions $. Aujourd’hui, l’IRSC fournit un important soutien financier à près de 10 000 chercheurs et stagiaires dans les universités, les centres hospitaliers universitaires et les instituts de recherche au Canada.
En 2002, Mme Desmarais est nommée membre du conseil de Génome Québec et joue un rôle crucial dans l’établissement d’un financement annuel par le gouvernement du Québec. Cet organisme gère des fonds totalisant plus de 380 millions de dollars issus des secteurs public et privé et a pour mission de mobiliser les milieux universitaire et industriel à l’égard de la recherche en génomique et en protéomique. En 2006, Hélène Desmarais est encore une fois la première femme à devenir présidente du conseil consultatif de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Elle préside aussi le comité de planification stratégique qui a pour but de présenter des recommandations visant à rehausser la réputation de la faculté au Canada et dans le monde. En 2008, elle participe à un groupe d’experts mis en place par l’Association des facultés de médecine du Canada, dont le mandat est de rédiger un rapport sur l’avenir de l’éducation médicale au pays. En 2008, elle est nommée présidente du conseil consultatif du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).
Hélène Desmarais est consciente que dans tous les secteurs où elle est impliquée, les efforts des individus ne vont porter fruit que s’ils se déploient dans un environnement qui favorise la création de richesse. Cette croyance motive un autre des nombreux pans d’activités de sa vie publique : l’engagement dans les débats sur les politiques publiques.
À partir de 2002, Hélène Desmarais se joint ainsi aux conseils d’administration de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et de l’Institut économique de Montréal (IEDM). Elle est élue présidente des deux organisations en 2007. L’IEDM est un institut de recherche et d’éducation qui œuvre à la promotion de l’approche économique dans l’étude des politiques publiques. Il est devenu au fil des ans l’une des organisations les plus influentes au Québec et jouit d’une visibilité croissante dans les milieux économiques ailleurs au Canada. Mme Desmarais devient également membre de l’Institut C.D. Howe en 2005, un think tank basé à Toronto qui joue un rôle similaire à l’échelle canadienne. La même année, elle est nommée présidente du comité régional du Québec et l’année suivante, présidente de l’ensemble des comités régionaux du Canada de cet institut. Elle participe de même à divers comités mis sur pied par le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal pour élaborer des stratégies de développement économique. Elle-même publie régulièrement des articles d’opinion dans les quotidiens du Québec.
La même préoccupation l’a poussé à s’engager dans l’organisation de la Conférence de Montréal (Forum économique international des Amériques) depuis sa création en 1995. Elle conseille le président fondateur de la Conférence en sa capacité de gouverneure et de présidente du conseil consultatif et d’orientation stratégique. Cet événement réunit chaque année certains des principaux décideurs de la planète qui font partie, entre autres, du réseau international d’Hélène Desmarais, et est devenu le plus grand forum économique en Amérique avec 3 000 participants provenant de tous les continents. Lors de cet événement de quatre jours, Hélène Desmarais qui reçoit les invités avec le président fondateur de la conférence, fait la promotion des intérêts du Canada dans le monde tout en vantant les mérites de notre pays. Enfin, pour Hélène Desmarais, le développement économique et le rayonnement international d’une ville doivent nécessairement s’accompagner d’une mise en valeur de ses attraits culturels. Sa préoccupation pour l’art et la culture se concrétise depuis près de trois décennies dans son engagement auprès de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM). Elle siège dès 1981 à son conseil d’administration, dont elle préside le fonctionnement des travaux des comités en tant que présidente déléguée à partir de 2004. Elle accède la même année à la présidence du conseil d’administration du Fonds de dotation de l’OSM. En 2008, elle crée la Fondation de l’OSM dans laquelle est inclus le Fonds de dotation de l’OSM.
Au milieu de la présente décennie, l’OSM plonge dans la pire crise de son histoire suite à la démission, très coûteuse pour la réputation de l’orchestre à l’étranger, de Charles Dutoit en 2002, à la grève de 2005 et à un déficit structurel de 3 millions $ en 2006. Par son action énergique, Mme Desmarais a toutefois réussi à redynamiser les conseils d’administration de l’OSM en attirant d’excellents nouveaux administrateurs. Elle a de même contribué à remettre le financement de l’orchestre sur des bases plus solides et à redonner confiance dans la capacité de maintenir et faire prospérer une institution musicale de calibre international à Montréal. Grâce à ces réalisations, l’OSM a pu reprendre récemment les tournées internationales arrêtées depuis 10 ans.
Toutes les causes où s’implique Hélène Desmarais sont au cœur du développement socio-économique et ont la plupart du temps deux autre points en commun : un financement difficile et un avenir incertain. Des obstacles qui ne rebutent pas Hélène Desmarais, dont les qualités de gestionnaire brillent particulièrement lorsqu’elle doit accompagner des équipes de direction dans des périodes de restructuration intenses et cruciales pour l’avenir de leurs organisations. Elle sait traduire les objectifs stratégiques en plans d’action et fait toujours preuve d’une persévérance exceptionnelle devant l’adversité.
D’autre part, sa présence dans plusieurs maillons de la chaîne du développement socio-économique canadien lui permet d’entrevoir des opportunités et des solutions qui échapperont à d’autres. Elle n’hésite pas à mettre à profit son réseau de contacts impressionnant pour faciliter les campagnes de financement de ces organisations. Tout cela contribue souvent de façon décisive à leur succès. En conclusion, toute la carrière d’Hélène Desmarais témoigne d’un engagement inlassable envers le développement de talents canadiens et l’attraction de talents étrangers, l’avancement de l’entrepreneuriat en nouvelles technologies, le progrès scientifique, le rayonnement local et international des institutions canadiennes, et le développement économique et culturel du Québec et du Canada. Cette contribution exemplaire a été reconnue en 2002 lorsqu’elle a reçu la Médaille du Jubilé à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’accession au trône de Sa Majesté la reine Élisabeth II. Cette médaille est décernée aux Canadiens et Canadiennes qui ont contribué de façon exceptionnelle et exemplaire au pays. La médaille reconnaît les réalisations de personnes qui, au cours des dernières années, ont aidé à créer le Canada d’aujourd’hui. Mme Desmarais a également été récipiendaire de l’Ordre du mérite de l’Université de Montréal en 2007, une distinction décernée chaque année à une personne dont les réalisations marquantes et la carrière exceptionnelle ont contribué à l’avancement de la collectivité et au rayonnement de l’Université de Montréal au Canada et à l’étranger. Elle est la 3e femme à avoir reçu cet honneur depuis les 40 ans d’existence de cet ordre. Elle a reçu un doctorat honorifique en droit de l'Université St. Francis Xavier en mai 2009; la médaille d'honneur de la faculté de médecine de l'Université de Montréal en juin 2009 pour sa contribution exceptionnelle à l'avancement des sciences de la vie au Canada et au rayonnement de la faculté de médecine au Canada et à l'étranger; un doctorat honorifique de l'Université de Lyon en France en novembre 2009; l'ordre du Canada de la Chancellerie des distinctions honorifiques en 2009; elle a été intronisée au Club des entrepreneurs du Conseil du Patronat du Québec en 2010.
Notes biographiques écrites par Martin Masse, Institut économique de Montréal.
Liste par secteur des principales positions occupées
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